WB01343_.gif (599 bytes)WB01345_.gif (616 bytes)

2003 W+B:  Année Simenon, octobre 2002

N° spécial Simenon de la revue Wallonie / Bruxelles à l'occasion de la sortie de romans dans la collection de La Pléiade. Nombreuses contributions et iconographie fournie : Simenon et le cinéma, les femmes, Liège, les illustrateurs, etc. Couverture de Loustal.

Couverture Loustal, Article "Le petit Simenon illustré", p 44- 45

Wallonie-Bruxelles: Revue bimestrielle internationale éditée par le Commissariat général aux Relations internationales de la Communauté française de Belgique et la Direction générale des Relations extérieures de la Région wallonne
Place Sainctelette 2, B-1080 Bruxelles
Téléphone 32-2/421.82.11 • Télécopieur 32-2/421,87.87
ISSN 0773-4301


Couverture Loustal W+B


Signé pour J@n (de Waal) mecri Philippe Dachouffe /Loustal

Le petit Simenon illustré

 Des nouvelles de Simenon mises en scène par des dessins du peintre et auteur de bandes des­sinées français Jacques de Loustal. Une approche originale qui nous permet de (re)découvrir certains récits peut-être moins connus qui prennent ici une autre dimension grâce à ces illustrations tou­jours justes dans des petits formats éco­nomiques qui les rendent abordables à toutes les bourses, ce qui n'est jamais à négliger.

 Jacques de Loustal, réputé pour ses couleurs et son goût pour les êtres à la psychologie paradoxalement sombre, surprend tout son monde par la profon­deur de son travail en noir et blanc. Une approche qui s'adapte divinement à l'uni­vers de Simenon. Loustal aime et respec­te l'œuvre du maître belge. Une admira­tion qui transpire de chacun de ses des­sins.

 J'ai toujours aimé Simenon, explique Jacques de Loustal. Mais j'étais moins attiré par les Maigret. C'était le côté énigme policière qui me gênait. Cette gymnastique littéraire doit, immanqua­blement, amener à la découverte de l'as­sassin dans le dernier chapitre. Je trouve cela un peu rébarbatif.

 Pourtant, l'auteur s'est coulé avec une belle aisance dans l'univers complexe de Simenon. C'est parce que je connais bien son oeuvre et que je l'adore. Mais c'est vrai que j'étais plus attiré par ses romans que par ses Maigret. Simenon est un tout grand. Je me retrouve dans son univers noir et sans compassion. J'avais d'ailleurs tenté une première approche de cette couvre alors que Simenon vivait encore. L'expérience n'a pas abouti pour des raisons financières. Ensuite, c'est la belle fille de Simenon, Mylène Demongeot, qui m'a contacté pour me proposer une collaboration. C'était une belle surprise que je n'ai pas voulu lais­ser passer.

Une première collaboration et née. En couleurs et sans grand succès. Les albums étaient trop chers et mal distri­bués, explique l'illustrateur. Mais un édi­teur a vu le travail et a été séduit. Le projet d'illustrer des Maigret est donc né ainsi.

Même si Maigret n'était, de prime abord, pas sa tasse de thé, Loustal s'est laissé convaincre. En relisant les nou­velles que l'on me proposait d'illustrer, j'ai découvert que l'univers de Simenon demeurait le même, qu'il s'agisse de Maigret ou de ses autres romans. J'ai donc replongé avec délectation dans son style, j'ai été emporté par ses ambiances et ses personnages. L'enquête policière devenait tout à fait secondaire, voire inexistante.

 

 

 Outre la rencontre entre l'univers de Simenon et la patte de Loustal, ce qui surprend le plus dans ce travail, c'est l'absence de couleurs tant l'illustrateur s'est bâti un univers coloré avec une gamme très personnelle. C'est vrai que je suis connu pour mes couleurs et pour­tant j'adore le noir et blanc. Ce que vous voyez dans ces nouvelles n'est rien d'autre que mon travail habituel avant la mise en couleur. Je travaille mes planches comme si elles devaient demeu­rer en noir et blanc. Je joue beaucoup sur la lumière. C'est passionnant.

 Illustrer un Maigret peut toutefois relever de la gageure tant le personnage a été marqué par certraines interprétations cinématographiques. Exact. Il a tel­lement de visages que je me suis posé beaucoup de questions avant de me lan­cer dans ce projet. Puis, lorsque j'ai pris le crayon, les traits sont apparus d'eux­mêmes. Naturellement.

 Il faut aussi reconnaître que le bon Jules n'est pas le personnage principal des illustrations de Loustal. Peut-être parce qu'il est trop connu. Ce qui m'inté­ressait, ce n'était pas de faire un nou­veau Maigret à la Loustal. Ce qui me fascine, c'est toute l'oeuvre de Simenon et je voulais me mettre au service de cette écriture. Maigret n'apparaît pas tou­jours, il est souvent suggéré. L'essentiel, c'est l'univers de Simenon. Ce sont les mots -parfois terribles - qui comptent le plus. Maigret n'est qu'un des acteurs de cette pièce.

 En relisant certains épisodes, on se rend aussi compte que l'image tradition­nelle du Maigret avec son chapeau mou et la pipe au coin de la bouche, telle qu'elle a été immortalisée au cinéma, n'est pas nécessairement celle que pré­sentait Simenon. J'ai même lu une nou­velle dans laquelle son Maigret était chaussé de sabots, sourit Loustal. Mais, pour moi, il était impossible de le repré­senter de la sorte. Dans une nouvelle, plus ancienne, Simenon le coiffe encore d'un chapeau boule. En le couchant sur papier, j'ai remarqué que je ne pouvais le dessiner ainsi parce qu'il n'est jamais entré dans mon imaginaire avec ce type de couvre-chef. Au début, je pensais que cela allait choquer le lecteur de le voir avec cette tête alors qu'il était décrit dif­féremment dans les pages de la nouvelle. Finalement, je remarque que je ne suis pas le seul à m'être bâti cette image du policier et tout le monde admet mon interprétation.

 Quatre nouvelles (*) ont été mises en images par Jacques de Loustal au rythme de deux par an. Ça me convient parfaite­ment comme rythme. D'autres textes sont en préparation et Loustal semble bien installé dans cet univers. Le vicomte Jacques de Loustal au service de l'oeuvre de Simenon, un couple qui peut appa­raître paradoxal mais qui séduit par sa profondeur et son harmonie.

Hubert Leclercq

 *) Simenon illustré par Loustal: On ne tue pas les pauvres types, Le client le plus obstiné du monde, Menaces de mort et Ceux du grand café, Édition Omnibus. Collection Carnet.